Mariage d'enfants au Vietnam : témoignage de Ngân
Publié le 08/01/2026
Ngân n'a que quinze ans lorsqu'elle doit faire un choix : poursuivre sa scolarité ou être mariée. Un choix qu'aucun enfant ne devrait avoir à faire. Pourtant, il s'agit de la dure réalité que vivent de nombreuses filles au nord-ouest du Vietnam, où habite Ngân.
À son insu, sa mère a déjà pris une décision. Elle a accepté la dot d'une famille qui souhaite que sa fille épouse leur fils. La nouvelle est un choc pour Ngân, qui se sent à la fois choquée, effrayée et en colère. « Je savais tout de suite que je ne voulais pas l'épouser », raconte-t-elle.
Dans les zones rurales du Vietnam, le mariage d’enfants est une tradition encore profondément enracinée dans de nombreuses communautés : près de 60 % des filles se marient avant l'âge légal de 18 ans (pour les garçons, l'âge légal est de 20 ans). Remettre en question cette coutume est tout sauf évident. Mais pour Ngân, ce mariage signifie la fin de ses études et un avenir incertain.
Lorsqu'elle fait part de ses craintes et inquiétudes à sa mère, Lan, celle-ci lui propose de reporter le mariage à ses 18 ans, afin qu'elle puisse continuer à aller à l'école. Mais pour Ngân, ce compromis ne lui semble pas juste. Elle ne veut pas que sa vie soit dictée par une tradition qui limite ses chances.
Le soutien précieux d'une enseignante
Déterminée à prendre son avenir en main, Ngân frappe à la porte de sa professeure Hồng. « Pourriez-vous parler à ma mère et la convaincre de restituer la dot ? » la supplie-t-elle. « ...Peut-être en allant la voir avec d'autres enseignant∙es ? »
Hồng n'hésite pas un seul instant. Avec quelques collègues, elle va trouver Lan et lui explique les risques d'un mariage d’enfants et l'importance de l'éducation de Ngân pour son avenir. Ensemble, ils et elles soulignent qu'un mariage précoce pourrait interrompre ses études mais également nuire gravement à sa confiance en soi, sa santé et ses opportunités dans le futur.
Lan écoute attentivement et finit par acquiescer. Elle décide de rendre la dot et informe clairement l'autre famille que sa fille souhaite poursuivre ses études et ne peut être contrainte à être mariée. De nouveaux horizons s’ouvrent à Ngân : elle peut enfin continuer ses études et suivre ses rêves.
Un avenir que personne ne pourra lui reprendre
Ce moment est pour elle une véritable libération. « Aujourd'hui, ma mère a rendu la dot », se réjouit-elle. « Je suis tellement heureuse d'être libérée de cette obligation. Chaque fille devrait avoir la possibilité de remettre en question une telle décision. Nous devons être fortes et nous opposer à cette forme d'oppression. »
Pourtant, les mariages d'enfants restent fréquents dans la région de Ngân. Près de 30 % des enfants de 11 à 14 ans ne vont pas à l'école. Une étude de Plan International révèle que 483 cas de mariages d'enfants ont été enregistrés dans la province de Tuyên Quang, dont 35 dans la seule communauté à laquelle appartient Ngân.
Grâce aux efforts de Plan International, qui fournit notamment du matériel scolaire et met en place des lieux d’échange et de discussion sûrs et des clubs comme Champions of Change, les filles comme Ngân apprennent à connaître leurs droits et acquièrent la confiance en elles nécessaire pour dire ‘non’. Les équipes de Plan International se rendent dans les familles avec des enseignant∙es pour les informer des risques liés au décrochage scolaire et au mariage précoce.
La persévérance de Ngân porte ses fruits. Elle réussit ses examens et part vivre dans une résidence étudiante tout en poursuivant ses études secondaires. Elle se rapproche de son rêve : étudier à l'université et découvrir le monde. Son histoire constitue une source d'espoir pour des milliers de filles dans des situations similaires. Elle montre qu'avec le soutien adéquat d’enseignant∙es, des communautés et des organisations comme Plan International, les traditions peuvent changer et les rêves peuvent devenir réalité.
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