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Des rues pas assez sûres pour les filles ?


28/05/2026

Twee jonge vrouwen wandelen in een stadscentrum, arm in arm. Een van hen draait zich om. (Credits: iStock)

« Lorsque nous sortons dans la rue, nous devons réfléchir. »

Cette phrase de la comédienne néerlandaise Soundos El Ahmadi, prononcée dans l’émission De Afspraak (VRT), a résonné dans l’esprit de nombreuses personnes. Elle répondait au présentateur Bart Schols, qui mettait en doute l’insécurité vécue par les filles dans cette émission flamande.

As-tu toi-même ressenti un malaise en marchant seul·e ? Des moments où tu as eu besoin de changer de trottoir ou regarder derrière toi sans arrêt ? Des trajets que tu ne fais pas du tout ou seulement à certaines heures ?

Ces comportements ne sont pas anodins. Ce sont principalement les filles qui les adoptent car elles ne se sentent pas en sécurité dans l’espace public, à certaines heures et dans certains lieux.

Mais pourquoi cette insécurité touche-t-elle particulièrement les filles ? Et quelles en sont les conséquences ? Découvre ici plusieurs pistes pour comprendre ce phénomène et nos solutions pour garantir la sécurité de tous·tes dans l’espace public.

Des actes banalisés

« Alors que je rentrais chez moi à vélo, un cycliste s’est soudainement mis à me suivre. Il m’a dépassée et touché les fesses. » - Anonyme, Belgique.

Sifflements, mains baladeuses, regards insistants, commentaires déplacés, filatures… : des formes de harcèlement encore trop ignorées aujourd’hui. Pour beaucoup de filles, ces faits font partie du quotidien. C’est l’une des formes les plus banalisées de violence et il est bien souvent minimisé, voire excusé : « Après tout, ce n’est pas si grave. Il aurait pu arriver bien pire. C’est peut-être un compliment. »

Pourtant, les chiffres sont sans appel :

En Belgique :

  • 91 % des filles de 15 à 24 ans ont déjà été victimes de harcèlement sexuel dans la rue.
  • 1 fille sur 2 est limitée dans sa liberté de mouvement.
  • 1 femme sur 3 a déjà subi des attouchements non consentis.
  • 4 filles sur 5 font face à des regards insistants ou des sifflements.

Et dans le monde : 8 filles ou femmes sur 10 subissent du harcèlement de rue.

Ces violences sont si fréquentes qu’elles façonnent la manière dont les filles vivent l’espace public. Pire : elles restreignent leur liberté et forcent les filles à adapter leur façon de vivre.

L’inégalité se joue dans la rue

Ce sentiment d’insécurité chez les filles ne vient pas de nulle part. Dans de nombreuses cultures, et c’est encore trop souvent le cas en Belgique, une fille seule dans la rue, surtout le soir, ce n’est pas bien vu. Souvent, on valorise l’idée que les garçons sortent et occupent l’espace public, tandis que les filles restent à la maison, en sécurité : des rôles traditionnels qui laissent des traces indélébiles.

Une fille qui se promène seule le soir peut être jugée, surveillée ou considérée comme n’étant pas à sa place. Certaines familles, par peur du regard des autres ou d’éventuels dangers, préfèrent même interdire à leurs filles de sortir. Elles pensent la protéger du danger mais limitent sa liberté.

Et cette logique renverse la responsabilité : au lieu de remettre en question les comportements abusifs, on demande aux filles de s’adapter : « Ne sors pas trop tard », « Ne marche pas seule dans la rue », « Ne t’habille pas trop légèrement », « Ne va pas dans cette rue-là », etc. Ces injonctions ne protègent pas les filles : elles les culpabilisent.

La loi du silence

Quand une fille est harcelée ou agressée, son témoignage est souvent minimisé ou mis en doute. Porter plainte est complexe : quelles preuves présenter lorsqu’une personne vous insulte ou vous met la main aux fesses ? Très vite, c’est la parole de la victime contre celle de l’agresseur. Par défaut, beaucoup choisissent alors de se taire, par peur de ne pas être crues ou d’être jugées.

— Maysa, 23 ans, Égypte

Même lorsque nous portons les vêtements adéquats, nous nous faisons harceler. Et nous ne pouvons même pas nous faire entendre pour expliquer ce qui s’est passé.” 

Maysa, 23 ans, témoigne du harcèlement de rue que les filles subissent en Egypte et du sentiment d’impunité des agresseurs.

Dans certaines communautés, une agression sexuelle subie par une fille est perçue comme une honte qui entache l’honneur de leur famille. Par peur du jugement, certains parents préfèrent garder leurs filles à la maison plutôt que les exposer à des risques ou des critiques.

« Un jour, un garçon a essayé de me toucher et je me suis défendue. Mais mon entourage m’a blâmée et personne n’a pris ma défense. Voilà comment notre liberté est restreinte », déplore Maysa.

Et même lorsqu’elles trouvent le courage de porter plainte, les filles se heurtent à un autre mur : celui d’un système qui les écoute peu et sanctionne rarement les agresseurs. Les démarches aboutissent rarement à des condamnations, ce qui renforce encore le sentiment d’injustice et d’impuissance. Dans certaines communautés, après une agression sexuelle, la seule façon pour une fille de racheter son honneur est d’épouser son agresseur. Une double peine.

« Le signaler ne changera rien. Si j’en parle à quelqu’un, on me répond que je ‘dois juste m’y habituer’ ou ‘arrêter de marcher dans la rue la nuit’ ou que ‘c’est comme ça que sont les hommes’ » - Anonyme, Belgique.

Des conséquences bien réelles

Au bout du compte, beaucoup de filles intègrent ce sentiment d’illégitimité, d’insécurité et d’hypervigilance dans l’espace public. Elles apprennent à anticiper, se protéger et faire profil bas.

— Anonyme, Belgique.

J’habite près de la gare, et on m’aborde ou on me siffle régulièrement là-bas. Je n’ose même plus passer par là après une certaine heure.

Alt tag : Une jeune femme (de dos) marche dans un tunnel et un homme sur une moto la double. (Plan International Pays-Bas)

Les stratégies se multiplient : tenir ses clés dans la main, changer de trottoir, prendre un taxi, se déplacer en groupe, éviter certaines rues ou certaines heures, adapter sa tenue...

Mais ces réflexes ont un coût. Ils limitent la liberté de mouvement des filles, leur participation à la vie sociale, culturelle et professionnelle. Ils affectent leur santé mentale, leur confiance en elle et leur bien-être. Pour certaines, les conséquences sont encore plus lourdes : isolement, déscolarisation, difficultés à trouver ou garder un emploi.

« Un jour, je devais aller à l’école toute seule et une moto m’a suivie. Le conducteur m’a dépassée et a essayé de m'attraper, j’ai eu vraiment peur. » - Erika, 12 ans, Équateur.

Comment (ré)agir ?

Soyons clair∙es : ce n’est pas aux filles de réduire leur liberté pour éviter la violence. C’est à la société de garantir qu’elles puissent vivre, apprendre, travailler et se déplacer sans crainte.

Pour changer les choses, il faut écouter les filles et leur donner les moyens de s’exprimer, faciliter les procédures judiciaires et sensibiliser les garçons et les hommes.

« Quand je vendais de la nourriture à la criée, les hommes me harcelaient, parfois verbalement, parfois physiquement » - Fadila (nom d’emprunt), 14 ans, Nigeria.

Grâce aux sessions Champions of Change de Plan International, Fadila a cessé de considérer le harcèlement comme normal mais plutôt comme un problème de sécurité. Elle a appris à exprimer ses préoccupations sans crainte et pu dialoguer avec sa maman pour trouver une solution.

Au Niger, Seyni, un père de 35 ans, a été sensibilisé à la masculinité positive grâce à l’École des Maris. Depuis, il s’adresse aux filles avec respect, les écoute et lutte dans sa communauté contre les violences sexistes : « Mes filles se sentent à l'aise avec moi et nous discutons de tout. », dit-il.

Plan International agit à plusieurs niveaux :

  • Former les filles à faire valoir leurs droits, identifier les abus et les dénoncer.
  • Créer des réseaux de personnes de confiance pour accompagner les filles dans leurs déplacements.
  • Sensibiliser les garçons, les hommes, les parents et les communautés aux droits des filles et à la mixité dans l’espace public.
  • Collaborer avec les décideur∙ses locaux∙les pour mettre en place des solutions durables.

Un exemple concret : Safer Cities

Avec l’initiative Safer Cities, menée en collaboration avec Sensoa, nous travaillons à rendre les villes plus sûres et plus inclusives pour les filles.

  • Safety walks : lors de marches exploratoires en groupe, les filles identifient les lieux où elles se sentent en insécurité et partagent leurs expériences pour alimenter une base de données.
  • Une plateforme en ligne, utilisée par 8 villes belges, leur permet de signaler les cas de harcèlement de rue.
  • Elles suivent des formations pour apprendre à réagir face à des comportements déplacés.
  • Grâce à des groupes de discussion et un coaching, elles apprennent à défendre leur droit fondamental à se déplacer librement. Elles participent à l’élaboration d’un plan d’action local pour améliorer concrètement la sécurité et l’inclusion des filles dans leur ville.

Et ailleurs dans le monde ?

L’approche Safer Cities est internationale. Dans plusieurs pays, les filles se mobilisent aussi contre le harcèlement de rue. Le pays qui a initié cette approche est le Vietnam.

Une fille utilise la plateforme en ligne de signalement de faits de harcèlement de l’initiative Safer Cities au Vietnam.

Depuis plusieurs années, les filles y signalent les faits de harcèlement et dialoguent avec les autorités locales pour proposer des solutions. Certaines mesures concrètes ont déjà vu le jour :

  • Rénovation de l’espace public
  • Amélioration de l’éclairage
  • Mise en place d’un numéro d’appel d’urgence

Les filles ont également créé leurs propres campagnes de sensibilisation, notamment via des bandes dessinées et des affiches dans les bus. En parallèle, les chauffeur·ses et contrôleur·ses ont été formé·es à réagir en cas de sexisme ou d’abus.

Lancé en 2014, le projet s’est étendu à 23 villes du pays et fait aujourd’hui partie intégrante d’un programme national de lutte contre le harcèlement.

Prêt·e à te mobiliser pour plus de sécurité dans la rue ?

L’insécurité vécue par les filles dans la rue n’est donc ni une fatalité, ni un « détail ». C’est une injustice profonde qui limite leur liberté et leur avenir. Si l’on écoute les filles, on agit avec elles pour remettre en question les rôles de genre et transformer l’espace public, on peut créer des villes où chacune et chacun peut marcher sans peur.

Chaque geste compte

Envie de soutenir nos projets pour rendre l’espace public plus sûr pour toutes les filles ?

Participe à Her Walk : inscris-toi pour récolter des fonds et participer à notre grande marche le 9 octobre à Gand